Quelques réponses (et plein de ques­tions) quant à l’état de san­té men­tale des his­to­riens de l’Art & l’origine archi­tec­tu­rale des édi­fices catho­liques.

2 — Épi­sode Two — Les aven­tu­riers de l’arc per­dus

Ten­tons de résu­mer le pro­blème sans affo­le­ment par­ti­cu­lier. D’abord, quelques expli­ca­tions de prin­cipe : l’arc roman et l’arc gothique, comme l’immense majo­ri­té des voûtes médié­vales, sont cla­vés. Autre­ment dit, ils sont for­més de cla­veaux. Chaque cla­veau, chaque pierre, forme une clef, la plus connue étant la clef de voûte, parce que, par sa posi­tion au centre du dis­po­si­tif, elle donne l’impression de tenir l’ensemble. C’est cette clef bien sou­vent que l’on orne d’un sym­bole, d’un bla­son, d’un mono­gramme, bref, de quelque chose de sym­bo­lique et qui semble consti­tuer la « clef de voûte » du sys­tème. C’est en fait un peu idiot : enle­vez n’importe quel cla­veau et la voûte s’écroule immé­dia­te­ment, du moins si les cla­veaux ne sont pas liés entre eux par du mor­tier ou un sys­tème de clefs com­plé­men­taires, les cros­settes par exemple.

Un arc, une voûte, donc, sont consti­tués de cla­veaux, tous aus­si impor­tants les uns que les autres. Quelle est leur fonc­tion ? Taillés selon un angle par­ti­cu­lier, ils se « clavent » les uns les autres, ils se retiennent les uns les autres, donnent sa soli­di­té à l’ensemble et per­mettent de « jeter un pont » entre deux murs ou deux colonnes tout en trans­met­tant les forces (la répar­ti­tion et la direc­tion du poids) de ce qui les sur­monte aux élé­ments d’architecture qui les sou­tiennent.

Voi­là qui est très bien. C’est même génial ! Et la struc­ture de l’arc a révo­lu­tion­né l’architecture. Ce sont les Romains qui l’ont « inven­té », ou du moins qui l’ont géné­ra­li­sé dans leur sys­tème de construc­tion. Puis, au cours du Moyen-Âge, ce sont les Fran­çais (même si des rabou­gris disent que le pro­cé­dé vient de l’Orient) qui, par l’introduction d’un nou­vel élé­ment, l’ogive, et plus pré­ci­sé­ment la croi­sée d’ogives, ont per­mis à l’Art des cathé­drales d’atteindre des som­mets d’architecture reli­gieuse… Ain­si se sont expri­més le génie latin, si pra­tique, et le génie fran­çais, si auda­cieux.

Ce que je viens d’écrire, c’est ce que tout le monde croyait (et que la plu­part des gens croient encore, du reste), ce que tout le monde ensei­gnait, ce que tout le monde rete­nait. Le « génie » gothique des croi­sées d’ogive, cette « mer­veilleuse » répar­ti­tion des forces qui avait per­mis aux maîtres maçons de construire si hauts leurs édi­fices à Dieu, consti­tuait l’expression même de notre génie natio­nal.

Seule­ment voi­là, tout ce que je viens d’écrire est bien beau. Mais presque com­plè­te­ment faux. Il est même bien pos­sible que plus haut édi­fice qu’ait per­mis de construire l’arc, c’est celui de l’auto-glorification natio­na­liste des his­to­riens de l’art.

Parce que l’arc, je le répète, a un pro­blème. Un pro­blème lié à l’écartement des forces.