Quelques réponses (et plein de ques­tions) quant à l’état de san­té men­tale des his­to­riens de l’Art & l’origine archi­tec­tu­rale des édi­fices catho­liques.

3 — Épi­sode Trois — L’arc, ce dés­équi­li­bré

On a dit bien sou­vent qu’avant les Romains les peuples antiques ne connais­saient pas ou avaient négli­gé les mer­veilleuses fonc­tions de l’arc, qu’ils uti­li­saient (les pauvres) de plates bandes de pierre, les lin­teaux, pour construire leurs édi­fices, notam­ment reli­gieux. Dans le meilleur des cas, les Égyp­tiens, quand ils vou­laient construire quelque chose d’élevé, devaient se conten­ter de ras­sem­bler des pierres et d’en faire un tas : un peu ordon­né, ça don­nait une pyra­mide. Quel gas­pillage (de pierres et de temps), quand on sait qu’avec l’arc, on peut construire une tour de Pise sans aucune dif­fi­cul­té. On les admire, les pyra­mides, mais on voit bien leur côté lour­de­ment tita­nesque. Quant aux Grecs, s’ils connais­saient bien l’arc, ils le réser­vaient plu­tôt à leurs égouts. Ils n’étaient peut-être pas si idiots que cela. On va vite com­prendre pour­quoi.

Reve­nons à l’arc. Qu’est-ce donc que ce fameux pro­blème d’écartement des forces et en quoi remet-il en cause notre génie médié­val ?

Nous voi­ci au cœur du pro­blème. Dans un arc, les pierres se clavent effec­ti­ve­ment les unes les autres. Mais, parce qu’elles résistent les unes aux autres, elles trans­mettent de part et d’autre de l’arc des forces d’écartement. Ce qui fait l’intérêt fon­da­men­tal de l’arc (la dévia­tion des forces vers les côtés) consti­tue en même temps son défaut majeur (la dévia­tion des forces vers les côtés). Si vous entre­pre­nez de construire un pont, disons le pont du Gard, par un exemple, le pro­blème que je viens d’évoquer n’existe pas réel­le­ment. Comme vous construi­sez votre pont entre deux mon­tagnes, on peut affir­mer que ces der­nières absorbent sans pro­blème les forces d’écartement sus-citées.

Mais si vous inter­rom­pez votre suite d’arcs dans le vide, que se passe-t-il ? Com­ment rete­nir cette force d’écartement engen­drée par les arcs et qui aug­mente d’autant plus que vous éle­vez en hau­teur (et donc en poids) l’ensemble de votre édi­fice ? Eh bien voi­là : il va vous fal­loir inven­ter tout un tas de contre­bu­te­ments, tout un tas de construc­tions dont le seul objet est de contre­car­rer les forces d’écartement.

Si l’arc était mono­li­thique, ce pro­blème n’existerait pas.

C’est ceci, par­ti­cu­liè­re­ment, que nous avons décou­vert en tra­vaillant, dans la construc­tion de notre petit voca­bu­laire, sur le mot arc. C’est ceci sur lequel nous avons nous-mêmes buté. Vou­lant en expli­quer les prin­cipes, fon­da­men­ta­le­ment acquis à l’idée que c’était sur lui que repo­sait l’ensemble du génie de l’architecture médié­vale, nous nous sommes confron­tés au fait qu’un arc mono­li­thique « fonc­tionne mieux » qu’un arc cla­vé. En fait, c’est fran­che­ment tout bête et un enfant le sait bien mieux qu’un adulte. On peut construire un châ­teau de cartes en posant des cartes hori­zon­tales qui viennent annu­ler les forces d’écartement des cartes ver­ti­cales qui s’opposent en tri­angle. Mais ce sys­tème est très instable, et c’est pour cela qu’un châ­teau de carte est un jeu et pas un édi­fice. Alors pour­quoi nos églises étaient-elles cla­vées ? Toute ques­tion sur le sujet serait fon­ciè­re­ment légi­time.