Quelques réponses (et plein de ques­tions) quant à l’état de san­té men­tale des his­to­riens de l’Art & l’origine archi­tec­tu­rale des édi­fices catho­liques.

6 — Les cochons à la res­cousse

Je me mis de manière com­pul­sive à vou­loir savoir quelle avait été, au cours de l’Histoire, la plus grande « por­tée », c’est-à-dire la plus grande lar­geur, qu’avaient pu atteindre les voûtes des édi­fices chré­tiens. Je ne fus pas déçu du résul­tat. Si effec­ti­ve­ment les voûtes à croi­sée d’ogives gothiques avaient per­mis d’agrandir l’espace dans le cadre strict des voûtes cla­vées, je devais m’apercevoir que les voûtes concrètes, for­mées d’un seul bloc, avaient une plus grande por­tée et, bien évi­dem­ment, une meilleure résis­tance dans le temps.

Car des voûtes concrètes, on en avait construit. Avant le Moyen Âge. À Rome notam­ment. Dans les édi­fices mêmes qui devaient ser­vir de modèle aux églises, dans les basi­liques civiles, ces lieux de magis­tra­ture romaine, ain­si que dans les thermes ou les palais des empe­reurs romains, on avait construit des voûtes d’arêtes dont la por­tée était supé­rieure à toutes les cathé­drales de France. Et pour cause, ces voûtes dites concrètes étaient construites en béton, le « béton romain ». Ces voûtes étaient mono­li­thiques.

De la basi­li­ca­la por­cia, ou basi­lique des cochons, sorte de mar­ché aux porcs régu­lé par la magis­tra­ture romaine, de cette pre­mière basi­lique, édi­fice à fonc­tions juri­diques construite à Rome sur des terres ache­tées par Caton l’ancien au IIe siècle avant notre ère, jusqu’à la basi­lique de Maxence, qui devait éga­le­ment prendre le nom de son enne­mi et vain­queur Constan­tin (l’instigateur du catho­li­cisme d’État), les croi­sées des basi­liques civiles romaines n’avaient peut-être rien de divi­ne­ment mono­théiste, mais avaient atteint une por­tée de 24 mètres, ce qu’aucun édi­fice médié­val ne devait concur­ren­cer.

Pour­quoi les spé­cia­listes de l’architecture romane et gothique ne s’étaient-ils pas pen­chés sur la ques­tion ? Le pro­blème, en France notam­ment, dans ce pays cloi­son­né, c’est qu’un trop grand nombre de spé­cia­listes avaient pour ten­dance de se consa­crer… à leur spé­cia­li­té. De sorte que bien des gens avaient répan­du et conti­nuaient de répandre l’idée que les édi­fices gothiques avaient atteint des por­tées et des hau­teurs inéga­lées, sans même com­pa­rer ni dans le temps ni dans l’espace avec nos voi­sins d’à côté, ce qui leur aurait per­mis de s’apercevoir qu’à Sainte-Sophie ou à Rome, avant, plus haut et plus lar­ge­ment, l’histoire leur prou­vait le contraire.

Fina­le­ment, pour­quoi le Moyen Âge avait-il cla­vé ses édi­fices ? La réponse était simple et je la trou­vais faci­le­ment. De même que j’avais pu m’apercevoir en résu­mant l’histoire de la guerre de Cent Ans, qu’aucun État médié­val n’avait pu ras­sem­bler de grandes armées (les batailles de la guerre de Cent Ans res­semblent à de minables échauf­fou­rées com­pa­rées aux confla­gra­tions impé­riales de l’Antiquité), de même les chan­tiers de construc­tion médié­vaux n’avaient pu ras­sem­bler que quelques hommes spé­cia­li­sés (dans la taille de la pierre), là où l’Empire romain pou­vait, sur un seul chan­tier, ras­sem­bler une masse de tra­vailleurs et d’esclaves). Quand on dit « tra­vail de Romain », il faut ima­gi­ner une levée sou­daine et mas­sive de tra­vailleurs peu ou non rému­né­rés…

Pour construire une bonne gigan­tesque voûte concrète, il faut beau­coup de sable, beau­coup de chaux et beau­coup de bois. Beau­coup de bras, donc, ce que ne pou­vaient se per­mettre les cités ni même les rois de l’époque médié­vale.

Pour le com­prendre, ma démarche avait été celle d’un enfant. D’un néo­phyte qui se pose des ques­tions sim­plis­simes, voire sim­plistes, tout sim­ple­ment parce qu’il n’y connaît rien.